Serge Pey

Massimo Mori : LE LIVRE DES LÈVRES

 

 

Tout est absent ce matin et le monde semble s’être retiré du monde ou de son nom. Mais soudain un chardonneret s’est posé sur un grain de raisin ou de raison de ma vigne, et le monde est revenu.
Pour parler du travail de mon ami Massimo Mori, il faudrait inventer un autre nom que ce concept de performance qui caractérise l’ignorance d’une société à la recherche de sa propre existence et qui ne la trouve pas.
Massimo Mori est un philosophe de l’amour, de la fleur cosmique, de l’instant qui découvre soudain d’autres instants, car il sait que le monde est un vaste vêtement qui se découvre jusqu’à la nudité qui est un autre vêtement. Il est un inventeur de paraboles et de situations amoureuses capables d’accompagner le secret du grand poème de l’univers. Massimo Mori n’est pas un amuseur, et même s’il convoque le jeu, c’est pour le détourner, et jouer justement avec lui. Massimo Mori ne joue pas, il fait jouer le jeu qui joue contre lui-même.
L’art de Massimo Mori est un art qui pense justement la pensée. Il la retourne et la redresse pour interroger son infini. Il est un artiste non-euclidien, créateur d’une géométrie de cercles et de spirales.
Massimo Mori convoque l’univers, la petite tête d’épingle que l’infini lui donne, pour coudre justement tout ce qui est fini.
Massimo Mori n’est pas qu’un artiste, il est un maître qui a érigé l’art du mouvement en mouvement de l’art. Son art du Tai-chi dont le but est l’équilibre intérieur et la libération de l’énergie est l’art d’une poésie au-delà des mots.
Son geste est une danse dans la chasse amoureuse du poème. Sur scène, c’est lui qui réveille notre danse pour la mise en vers du monde.
Si l’art n’est pas une philosophie et devient, ce qu’il est d’ailleurs aujourd’hui dans sa grande majorité, une caisse de résonnance du spectaculaire, il cesse d’être de l’art.
Il est la photographie de sa gesticulation. Massimo Mori est en ce sens un artiste engagé.
L’artiste de Florence est en ce sens une fleur comme le nom de sa ville le contient. Il est le jardinier d’une des jardins de la « métaphysique incarnée », un savoir vivre, la connaissance d’un troubadour silencieux dont le poème fait un trou pour inviter le monde à entrer justement dans le monde.
Le livre de ce poète des mains et des pieds, multiplie nos yeux jusqu’à l’œil unique qui voit tout, mais qui ne sait pas qu’il voit, parce que nous voyons à travers lui.
L’art de Massimo Mori est un art qui soigne.
Le livre qu’il écrit est l’immense mouvement des lèvres qui invente le baiser de l’univers auquel il nous demande de répondre au-delà de la mort et de la vie.
Massimo Mori est une immense main.

 

Serge Pey

Gavoi 9 Août 2020